Histoire : des réfugiés espagnols de la guerre civile

Un ouvrage universitaire sur l’épisode de la Retirada, la fuite des Républicains espagnols vers la France en 1939.

C’était du temps où « camp de concentration » n’avait pas tout à fait le sens qu’il a pris depuis la Seconde Guerre mondiale, c’était du temps où communistes, socialistes, anarchistes, trotskystes et autonomistes s’étaient rassemblés pour défendre la République espagnole, c’était du temps où 500000 personnes débarquèrent en janvier et février 1939 dans les Pyrénées Orientales et dont un grand nombre finit interné dans des camps improvisés autour de Perpignan (Prats-de-Mollo, Arles-sur-Tech, Latour de Carole, etc.) et sur les plages du Roussillon (Argelès, Saint-Cyprien, Barcarès). Ces camps de toile regroupaient près de 180000 personnes à la fin du mois de février 1939. La surveillance était assurée par des gardes mobiles, des gendarmes et des soldats, tandis que le ravitaillement et l’entretien étaient assurés par l’autorité préfectorale. « Ces camps où, au début, les tentes, les cabanes et les abris de fortune remplaçaient les baraquements en dur, et où les conditions alimentaires et sanitaires étaient plus que précaires, ont marqué à jamais l’imaginaire des réfugiés espagnols. »

Le livre de Vincent Parello restitue avec précision, chiffres et documents à l’appui (fonds de la police des étrangers de l’Hérault, lettres administratives échangées entre le préfet et les différents ministres, télégrammes, statistiques, listes nominatives de réfugiés, cartes de séjour, cartes de travailleurs…) l’histoire des camps et l’internement administratif, longtemps passée sous silence. L’auteur se focalise sur la région de l’Hérault. Les réfugiés y furent en effet répartis, notamment à Montpellier et à Lunel. La ville de Paris leur était interdite.

Les lettres des commissaires et des préfets à leur hiérarchie révèlent les préoccupations des autorités de l’époque, qui oscillaient entre devoir d’assistance et volonté de répression, le droit d’asile et l’enfermement. L’État considérait qu’il existait deux catégories d’étrangers : le « bon étranger » régularisé et le « mauvais étranger », qui abuse du système de l’asile. Un ouvrage utile pour la mémoire de cette période troublée d’avant-guerre et pour mieux comprendre le rapport entre le droit d’asile et l’idée que s’en font les fonctionnaires de l’État.

A lire : Des réfugiés espagnols de la guerre civile dans le département de l’Hérault (1937-1939), Vincent Parello,  Ed. Presses universitaires de Perpignan, 2010, nouvelle édition 2021.

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